•  

     Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

     

    On te connaît surtout en tant qu’auteur de romans, de livres pour la jeunesse et surtout d’ouvrages consacrés au jardinage. Peux-tu nous retracer ton parcours ?

     

    J’ai passé une licence de Droit sans conviction. J’ai eu très jeune le désir d’écrire des romans. J’en ai publié plusieurs en m’organisant pour trouver différents jobs alimentaires. J’ai fait beaucoup de choses assez diverses dans ce domaine. Parallèlement à ce goût pour l’écriture, j’aimais déjà beaucoup tout ce qui touchait à la nature. J’ai eu toutes les bestioles possibles entre 8 et 15 ans. Le goût pour les plantes, je l’ai développé, comme c’est souvent le cas, dans le jardin où j’ai grandi. Nous habitions alors à Marnes-la-Coquette où nous nous sommes installés l’année de mes 6 ans, venant de Belgique. Mon père travaillait pour une société américaine et venait d’être nommé en poste à Paris. Il n’avait jamais eu de jardin et était tombé amoureux de cet ancien presbytère qui tombait pratiquement en ruine. Il y a créé un jardin magnifique et une collection de delphinium qui faisait sa fierté. Mon premier souvenir dans ce jardin où nous sommes arrivés en septembre, ce sont tous les marrons brillants qui tombaient sur la pelouse. Je venais d’un appartement et ces grands arbres qui étaient chez nous, ça me semblait magique.

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer          Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

     

    Tu prodigues également des conseils d’aménagements de jardins. Qu’est-ce qui caractérise ton style, ta griffe ?

     

    Depuis 2003, j’ai une maison en Normandie (Perche) où je passe beaucoup de temps. J’y ai tenu une brocante dans une des dépendances. J’y ai créé un jardin qui s’est élaboré petit à petit, plus dans l’intuition qu’avec des plans bien précis. Pour écrire, je ne sais pas travailler avec des plans et j’imagine que pour le jardin c’est pareil. Tout fixer sur papier m’empêche de sentir les choses. J’ai besoin de faire confiance à mon inconscient, à ce qui se passe en soi et qu’on ne maîtrise pas. Des clients de cette brocante m’ont demandé un jour si je ne voulais pas les conseiller pour leur jardin. Ils aimaient le côté libre, champêtre et un peu flou du mien. Les choses ont commencé comme ça. J’avais fait une formation courte à l’Ecole du Paysage de Versailles. Ensuite, j’ai continué pour d’autres. J’aime les associations qui donnent l’impression qu’elles pourraient se suffire à elles-mêmes. Le fenouil bronze, les verveines de Buenos-Aires, les graminées comme les Calamagrostis ou les Panicum… Les rosiers lianes lâchés dans les arbres… Les glycines et leur parfum… J’aime énormément l’idée des jardins qui se transforment, avec les graines qui se ressèment à droite à gauche, les plantes qu’on retrouve comme des surprises là où on ne les attendait pas. Cette liberté doit être encadrée par des haies, de la structure, des lignes verticales comme les ifs fastigiés. Le plus difficile, quand on crée des jardins pour les autres, c’est de faire passer l’idée que c’est du vivant, que les plantes vont évoluer, certaines se plaire et d’autres non. Trop souvent, les gens imaginent s’offrir un décor figé.

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

     

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

    J’ai cru comprendre au travers de tes photos sur FB, qu’à un moment, tu avais ton  propre espace brocante avec de bien jolis objets. J’ai lu aussi que tu avais participé à un numéro d’Elle Décoration sur les maisons de campagne. D’où te vient cette passion pour la décoration ?

     

    Parmi mes activités de nécessité, il y a eu la presse. J’ai travaillé pour des magazines de décoration (Marie-Claire Maison et Elle Décoration) et de Jardin (Jardin Passion, Mon Jardin et Ma Maison, etc.). Plus largement, je me suis toujours intéressé à la décoration. J’ai toujours aimé chiner. Tenir entre mes mains un objet qui détient ses propres souvenirs, son histoire propre, me touche infiniment. Ensuite, donner une âme à un lieu est un exercice compliqué qui requiert beaucoup de talent. Je termine l’aménagement d’un petit gîte dans cette dépendance où j’ai tenu ma brocante pendant 6 ans. Le bonheur, c’est quand on parvient à créer des résonances entre son moi profond et le milieu où l’on vit.

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer       Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

    Pour des infos sur la brocante du Breuil, voyez la page FB.

     

     

    Parmi tes nombreuses publications, deux d’entre elles sont consacrées aux roses (chez Marabout). Quel est ton rapport avec la reine des fleurs ?

     

    Dans cette maison où j’ai grandi, il y avait de vieux rosiers sur la façade dont un Crimson Glory que mon père nous faisait respirer comme un trésor précieux. J’imagine que ce souvenir m’a marqué. Ensuite, j’ai appris à découvrir d’autres roses que le Queen Elisabeth en vogue dans les années 70 (remplacé aujourd’hui par le Pierre de Ronsard que l’on retrouve partout… Un bouquet de roses dit davantage que n’importe quel autre bouquet. C’est comme si les roses nous parlaient d’une mémoire très ancienne, commune à tous. D’ailleurs, pour respirer une rose, les gens souvent ferment les yeux comme pour mieux se soustraire au temps réel, au présent ordinaire.

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer        Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     

     

     

     Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

    "Paul's Himalayan Musk et Gipsy Boy au premier plan. Au pied des peupliers et contre la haie de thuyas, ils ont bien du mérite !"

     

     

    Depuis peu, tu contribues à la rubrique jardin du Monde. Chronique malheureusement trop courte à mon goût (on voudrait te lire plus longuement) mais où tu parviens cependant à distiller conseils judicieux tout en rassurant le lecteur sur ses capacités. Ton dernier billet consacré à la couleur jaune au jardin m’a particulièrement plu. On y ressent toute ta bienveillance pour la Nature et ton regard de paysagiste expérimenté. Comptes-tu persévérer dans ce genre d’articles qui, je trouve, sont bien plus intéressants que ce qu’on peut lire habituellement dans les magazines car ils nous amènent à réfléchir sur nos désirs au jardin ?

     

    Mes chroniques du Monde sont venues un peu par hasard. J’ai toujours aimé cet exercice chez les autres. Je lis régulièrement celles de Gardens Illustrated par Frank Ronan. J’ai sur ma table de chevet un petit livre qui rassemble celles que Vita Sackville-West écrivait pour  The Observer entre 1946 et 1950. De vrai petits bijoux jamais dépourvus d’humour. C’est un bon moyen de parler de ce qu’on aime à des inconnus. Et si ça peut contribuer à changer certaines habitudes (je pense à un jardinage plus propre, plus écologique), alors tant mieux. Ces chroniques ont vocation, pour l’instant, à demeurer essentiellement centrées sur l’aspect pratique des choses. J’aimerais bien pouvoir ensuite aider à découvrir les acteurs du monde du jardin, qu’ils soient pépiniéristes, paysagistes ou autres.

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer     Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer

     Si vous n'êtes pas abonné au Monde, vous pouvez retrouver toutes les chroniques d'Olivier ici.

     

     

    Quels sont les projets qui te tiennent à cœur pour l’avenir ?

     

    Pour l’avenir ? Trois choses au moins : écrire un livre, partir en randonnée avec une de mes ânesses (un vieux fantasme que j’aimerais faire en sorte de concrétiser), et arriver à profiter des choses plus sereinement, sans toujours cavaler. J’ai de plus en plus le sentiment que le temps m’échappe. Sable qui file entre les doigts. Dans mon propre jardin, je suis en train de repenser les choses pour quand il me sera plus difficile de désherber et m’activer. Plus d’arbustes, des bambous (les lapins qui font chez moi des ravages ne les mangent pas !), des rosiers lianes dans les arbres et plein de graminées. Passer du temps avec ceux qu’on aime, ça aussi c’est un objectif !

     

    Tête-à-tête : Olivier de Vleeschouwer


    14 commentaires
  •  

     

    J'ai décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique sur le blog. 

    Après le succès des portraits d'anciens du Seeds of love durant les mois d'hiver, j'ai pensé élargir ce style d'interviews au fil de mes rencontres. Jardinesques ou autres.

    Mon statut de blogueuse relativement connue et maintenant d'auteure (de best-sellers comme disent certains de mes joyeux amis !) m'a ouvert des opportunités :

    celles de rencontrer des personnes formidables, connues ou pas. Certaines d'entre elles m'ont particulièrement touchée, émue par leur passion, leur engagement dans leur domaine.

    Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, j'ai choisi une personne extrêmement sympathique et chaleureuse pour laquelle j'ai beaucoup d'admiration.

     

     

    Cette silhouette élégante, tous les amateurs de fêtes des plantes 

    la reconnaîtraient entre mille !

     

    Tête-à-tête : Renaud de Kerkhove

     

     

     

    Quand on le croise, il ne faut pas manquer de le saluer.

    Monsieur le Comte de Kerchove de Denterghem est quelqu'un de très abordable.

     

    Tête-à-tête : Renaud de Kerkhove

     

     

     

    Lors de ses Journées des Plantes, le domaine de Beervelde est ouvert 

    aux amoureux des plantes et de la nature en général car

    ce parc est vraiment fabuleux.

    (Pour en voir plus, cliquez ici)

     

    Tête-à-tête : Renaud de Kerkhove

     

    N'avez-vous jamais pris le temps durant ces journées de mai

    d'admirer les magnifiques tapis de scilles ?

     

    Tête-à-tête : Renaud de Kerkhove

     

     

    Malgré son agenda chargé en cette période, Renaud a pris le temps de répondre 

    à ma petite interview en toute simplicité et je l'en remercie infiniment.

     

     

    Depuis quand existent les Journées des Plantes de Beervelde ?

     

     Après le décès de mon père, j’ai quitté Bruxelles en 1988 pour essayer de faire de la propriété qu’il avait à Beervelde autre chose qu’une résidence secondaire.

    Les premières Journées des Plantes ont eu lieu en juin 1989.

     

     

    Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de les organiser ?

     

     Un ami français, après avoir vu Beervelde, m’a dit d’aller voir ce que Patrice et Hélène Fustier réalisaient à Courson. 

    Ce n’est pas très original, mais c’est comme cela. Et nous sommes des centaines à être dans ce cas. Rendons à César ce qui est à César.

     

     

    Imaginiez-vous à l’époque qu’elles remporteraient un jour un tel succès ?

     

    Je n’oserais pas parler de ‘succès’. Tout ce que je peux dire, c’est qu’au départ, cela a grandi tout seul, sans que cela ait été calculé, programmé au départ. Il y a eu, au départ, des années incroyables où, sans effort particulier, nous avions 2.000 visiteurs de plus à chaque édition. Nous sommes passés de cette manière de 2.000 à 24.000. Maintenant, cela s’est stabilisé autour des 20.000.

     

     

    Quelle est votre plus grande fierté par rapport à cette réussite ?

     

     ‘Fierté’, c’est, de nouveau, un mot que je n’utiliserais pas. J’ai énormément de chance que la propriété se prête aussi bien à la tenue de grandes Journées des Plantes. Je suis très content que la propriété puisse aider des horticulteurs et autres artisans à rentrer en contact avec des clients. Et je suis très content aussi que la propriété se prête à rendre des gens (notre public) heureux. Tout cela est très motivant pour tous ceux qui travaillent avec moi.

     

     

    Comment envisagez-vous l’avenir pour votre fête des plantes ?

     

    Pour le moment, j’ai une excellente équipe autour de moi, je suis en bonne santé (j’aurai 68 ans en juillet), il y a un public pour ce que nous faisons et les embarras causés par les autorités sont jusqu’à présent supportables. Alors, que voulez-vous que je réponde ? On continue et on espère qu’elles pourront continuer un jour sans moi.

     

     

    Ce week-end, serez-vous aussi à la recherche de la perle rare pour introduire dans votre magnifique parc ?



    Vous parlez d’une plante ? Non, je ne cherche pas une plante particulière. Mon job, c’est d’offrir un showground (aussi bien le parc que les bâtiments) bien entretenu et aussi beau que possible qui puisse servir de cadre aux Journées des Plantes. Acheter des plantes lors de Journées des Plantes, ici ou ailleurs, c’est pour se faire plaisir. Je n’ai pas d’ambitions ‘botaniques’.

     

     

    De combien de temps votre parc a-t-il besoin pour se remettre d'avoir été foulé par 20 000 visiteurs ?

     

    A ce niveau, de nouveau, j’ai beaucoup de chance. Le terrain est relativement sablonneux. Quand il a plu, l’eau s’évacue rapidement, ce qui fait que nous n’avons pas de problèmes d’ornières provoquées par les véhicules roulant sur l’herbe.
    Après les Journées, on voit le passage des visiteurs entre les stands mais trois semaines plus tard, cela a disparu.

     

     

    Combien de personnes œuvrent pour l'organisation d'un tel événement ?

     

    Deux jardiniers qui font l’entretien du parc (des plantations).
    Les derniers jours ils reçoivent du renfort, y compris celui d’un électricien pour tout mettre en place.

    Deux employés.

    Comptabilité : ¼ temps

    Administration relative aux exposants et fournisseurs : ½ temps

    Communication (campagne de promotion) : ½ temps

    Et moi qui me partage entre le bureau 4/5 et le jardin 1/5.

    Plus évidemment des fournisseurs externes divers tels qu’ imprimeur, monteurs de tente, traiteur etc…

    Durant l’événement, le nombre de personnes monte évidemment (gens au parking, aux caisses, aux crèches, aux toilettes…).

    Il y a certainement des Journées des Plantes organisées avec des structures plus légères mais ici, on aime comme on fait pour le moment.

     



    On vous rencontre toujours très souriant et enthousiaste. Le thème de cette année – la Vie en Rose – est-ce votre philosophie de vie ?

     

     Attention. Sous le terme ‘La vie en rose’, on peut comprendre deux choses différentes.

     

    • La manière dont on voit les choses quand on est amoureux. Les effets de la dopamine.
      Ce que j’en pense ? Redoutables. A essayer d’éviter.
    • La manière bouddhique de voir les choses. Se réjouir de petites choses que l’on a et ne pas toujours courir derrière ce que l’on n’a pas.
      Et moi là-dedans ? Vous ne m’avez jamais entendu dire ‘Je vais mourir’ ? Quand je dis cela, je ne pense pas à ma fin, je pense juste ‘C’est trop, trop de choses qui devraient être faites et que j’aurai du mal à faire’. Bref, j’ai encore du chemin à faire.

     

    Il parait que je suis perfectionniste.
    Donc jamais satisfait. Je vois toujours quelque chose qui doit être fait.

    Ce matin, il fait beau. Conditions idéales.

    Je dis bonjour à un ami-entrepreneur de jardin qui vient en sous-traitance d’un exposant.

    Il me demande comment ça-va. Je lui dit : « Je suis énervé parce qu’il y ça et ça et ça qui ne se déroulent pas comme je le veux. »

    Je le quitte en lui souhaitant une bonne journée.

    Il me répond : « A vous aussi, un bonne journée ».

    Je comprends qu’il veut me dire : « Réjouissez-vous du soleil, de la super météo annoncée au lieu de vous ronger les sangs ».

    Je lui réponds : « Je n’en peux rien, c’est le caractère ».

    Il ajoute en utilisant une expression flamande que j’aime bien: « Het is de aard van het beestje » (C’est la nature de la petite bète).

    Donc, vous voyez, la vie en rose, je n'y suis pas. Pas encore…

     

     

    Merci beaucoup, Renaud et à vendredi !

     

    Tête-à-tête : Renaud de Kerkhove

     

     

     


    11 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique